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Tracks

Vision - Sex Art

Décidément les filles ont la patate dans Tracks!

Les héroïnes du sex-art dynamitent les bien-pensants.

Originaire du sud de la France, Emilie fait scandale à 18 ans en photographiant des sexes feminins en gros plan façon Gustave Courbet.

Une fois par mois sur Paris, la photographe et réalisatrice organise des soirées Queer … le but du jeu : abolir les frontières sexuelles avec ses copines les “très très méchantes filles”.

Que ce soit dans ses photos, son long ou ses courts métrages, Emilie Jouvet invente une nouvelle esthétique du sex art dont elle maîtrise parfaitement les codes.

“One night stand” littéralement “un coup sans lendemain” , réalisée par Emilie Jouvet est le premier film porno lesbien et queer made in France !

TRACKS , ARTE

République du Glamour.

Emilie Jouvet - Le glamour est un sport de combat

 

Elle pointe son objectif comme on pointerait une arme,

elle met à découvert une féminité déphasée, éruptive, exaltée et bouillonnante.

La puissance sexuelle des femmes qu’elle shoote fait fondre les clichés laissant place à des images de maintenant, des images de l’urgence.

Visages en sueur, corps en lutte ou corps blessés imprimés comme un éclair de lucidité.

Images parfois brutales mais intelligentes toujours, c’est l’oeil d’une femme qui voit et ça se voit, elle pénètre en profondeur avec sensibilité, la beauté est là, la beauté comme une cicatrice.

Esthétique post-punk?

Peut-être, mais esthétique d’une génération, la nôtre, aucune nostalgie dans ces images,aucune concession, pas de glorification ni des corps, ni des âmes mais ses images ne versent pas dans le glauque pour autant, la beauté est là et bien là comme en filigrane, comme une petite musique obsédante.

Du glam? Il est passé au chalumeau. Des paillettes? Elles sont éparpillées sur un sol crasseux, mais elles restent brillantes.

Ces femmes qu’elle cloue au rythme du déclencheur,croisées maintes et maintes fois dans les nuits parisiennes sont à travers l’objectif d’Emilie en fixées dans leur véritable substance, leur essence, leur vérité.

Images avides encore, qu’elles soient mises en scènes ou prises sur le vif, images puissantes qui à la fois nous envahissent et que l’on voudrait posséder.

Que l’on aime ou pas, ces images là vous restent collées dans le crâne.

L’esthétique Emilie Jouvet comme un chewing-gum sous la basket, même quand on gratte, il reste toujours une trace.

C’est sa génération, notre génération qui est mise à nu, elle traverse les apparences pour nous présenter un miroir qui parfois insuffle le malaise salvateur...

Derrière l’objectif, Emilie sait s’effacer et laisser toute la place à ses muses, mais dans cette discrétion, elle impose néanmmoins sa marque, elle renverse les codes pour nous plonger dans notre propre monde, mais notre monde comme elle le voit.

 Des images qu’on attendait, une force qu’on ne retrouvait plus, Emilie Jouvet, photographe qui en impose, photographe de sa génération.


Pattegrise, In République du Glamour.

 Emilie Jouvet, un album photo pour la queer family parisienne.

Emilie Jouvet est une artiste plasticienne française qui s’exprime par la photographie et la vidéo contemporaine.

Militante lesbienne et queer, elle prend des clichés de ses amies dans des instants d’intimité, dans des soirées et dans des moments de la vie quotidienne.

La mise en scène de ces images n’obéit à aucun mot d’ordre théorique particulier ; même s'il faut reconnaître que son travail est issu dans la pensée post-féministe, la photographe expose avec désinvolture la beauté intense des corps qui s’affirment et luttent contre leurs propres frontières biologiques et culturelles.

Les modèles de l’artiste sont toujours queer ; il s’agit d’auteures, de féministes, de militantes, de riot grrrls, de punkettes, de DJettes, de lesbiennes fems, futchs ou butchs, de transsexuelLEs FtoM ou MtoF

En bref, touTEs les activistes du post-féminisme.

Toutefois, force est de constater que les gouines tiennent une place très particulière au sein du travail de la plasticienne, en terme de quota, mais aussi de par la plasticité des corps photographiés.

L’esthétique de ses images se rapproche de celle des photos de magazines de mode, cependant le classicisme contemporain des photographies contraste avec ce thème politique, rebelle et anti-conformiste, de la post-féminité ainsi affichée.

En effet, ces images nous montrent ô combien les queers et « les lesbiennes ne sont pas des femmes » (Monique Wittig, 1978), ou du moins mettent l’accent sur les subtilités d’un lesbianisme, presque artistique, qui cherche à s’évader en corps, en chair et en make-up d’une féminité normée par l’œil formaliste de la « domination masculine » (Pierre Bourdieu, 1998). Chacune des filles représentées est un peu l’archétype de la pin-up queer. Les détails sexuellement éloquents de chacune des photographies sont pensés en terme de codes, de « scripts » (John Gagnon, 1991), de « langage cyborg » (Donna Haraway, 1985)/cryptographie cyberféministe de la sexualité lesbienne et queer. Un véritable travail corporel des modèles est mis en avant par la prise de vue photographique de l’artiste : les coupes de cheveux souvent atypiques, les piercings, les tatouages, les jeans de mec, les marcels, les Converse, le gloss rouge sang, le maquillage outrancier, les sous-vêtements fashion, la pilosité des aisselles, les godes raides et volumineux, les postures provocatrices et la punk attitude des corps sont tant de moyens pour marquer le territoire érotique de ces amazones citadines et clubistes.

Par ailleurs, l’analyse plastique nous révèle l’importance toute particulière de la peau dans l’univers queer d’Emilie Jouvet. La peau comme interface tactile, odorante et définitivement communicative.

L’expressivité dermique des corps représentés, comme vocabulaire d’une émancipation corporelle, se lit à travers la nudité, les tatouages et l'exhibition des poils, comme nous l’avons déjà dit, mais aussi à travers la sueur torride qui dégouline de certains corps, ou encore au travers du jeu de lumière sobre, mais érographiquement aussi efficace que le généreux habillage lumineux des cabarets et des shows sexy. Les clairs/obscurs d’Emilie Jouvet sont doux et bien menés, ils ne sont pas sans nous rappeler la peinture baroque et les chairs impudiquement éclairées/érotisées du Caravage. Certaines photographies sont d’ailleurs tellement travaillées sur le plan chromatique qu’elle parviennent à atteindre une certaines formes de picturalités ; comme dans Skin, où le teint beige jaunâtre et brunâtre de la peau et la couleur rouge sang de la main et du drap trompent la perception du spectateur et font presque croire à la qualité d’une peinture à l’huile. En ce sens, il n’y a pas d’erreurs possibles, les œuvres d’Emilie Jouvet sont plastiques, elles s’inscrivent dans une recherche esthétique proche des Beaux-Arts, sans pour autant devenir académiques. Bien entendu, en terme d’influences artistiques, plus proche de notre époque et de son travail, ce sont bien les photographies de Nan Goldin, Terry Richardson, Larry Clark ou plutôt l’addition des trois, qui ont le plus inspirées la plasticienne. On retrouve chez Emilie Jouvet l’envie de rendre visible des minorités queer, de montrer le milieu de l’underground et de la nuit qui était également celle de Nan Goldin, une volonté de mettre en image la fraîcheur de l’humanité, la vivacité décalée d’un peuple et son potentiel contre-culturel telle que le pratique Terry Richardson, et enfin l’ambition de scénographier la fragilité des corps jeunes et glorieux, leur candeur provocatrice, et une neutralité pornographique calmement dérangeante, propres à certaines images de Larry Clark.

Emilie Jouvet appartient à cette génération post-moderne, post-révolutionnaire, qui met en place une nouvelle perception/conception du monde dans son oeuvre, prenant en compte les victoires et les défaites de l’activisme artistique passé (du 19ème siècle aux 70’s). L’engagement et les ambitions politiques d’unE artiste postmoderne ne sont plus les mêmes qu’au moment des dernières révoltes (les derniers râles de l’époque moderne), ses méthodes non plus. Et au milieu de tant de créativité autour des thèmes très actuels du sexe et du corps, Emilie Jouvet se distingue de par un militantisme pragmatique et réaliste qui ne cherche ni à se conformer à la pornographie mainstream, ni à exagérer les traits de la non-conformité des corps et des sexualités qu’elle (re)présente. Cela afin de rester fidèle à ses convictions et par souci de délivrer une œuvre politiquement honnête. Contrairement à beaucoup d’autres représentations alt-porn de femmes ou de lesbiennes, les photographies de l’artiste militante ne répondent pas à « l’horizon d’attente » (Hans Robert Jauss, 1975) érotique, straight ou mainsteam, des hommes qui n’apprécient l’émancipation sexuelle des femmes que lorsqu’elles arrangent sa libido, et uniquement la sienne. Les riot grrrls imagées par la plasticienne ne sont pas non plus issues de l’iconographie des Vénus, des vierges Marie et autres Eve évangélique, récurrentes dans une histoire de l’art traditionnelle qui fascine/excite encore tant de photographes masculins. Elles sont plutôt un "remake" post-moderne des Lilith et des sorcières hérétiques qui refusent de se soumettre au désir patriarcal qui avait produit le sexe féminin comme un sexe faible et à l’idéal humaniste de la binarité apparente et complémentaire. Renier Dieu et la soumission à Adam, ainsi qu’à l’ensemble de la gente masculine, n’a pas suffit, le combat continue. Toutefois, Emilie Jouvet ne cherche pas à rendre les corps agressifs, il n’y a pas d’obligation précise pour être prise en photo, ni de maximisation visuelle de l’insurrection anatomique ; il suffit de faire partie de son cercle d’amies ou d’être queer, quels que soient son physique ou sa sexualité, ce qui témoigne d’une certaine honnêteté intellectuelle dans son travail. En choisissant de ne travailler sans aucun protocole théorique discriminant, elles démontrent son attachement avec la réalité sociale qu’elle vit quotidiennement, et ne se laisse pas piéger par l’envie d’impressionner en fabriquant de toute pièce un underground qui serait excessif, et de ce fait socialement peu crédible ou enviable pour un public large.


Luc Schicharin , In Corps sans Organes.

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